8me Festival des cinŽmas diffŽrents de Paris

TRAJECTOIRE : PHILIPPE COTE

Dimanche 10 dŽcembre 2006

 

Cette trajectoire est une invitation ˆ voyager dans un univers, ˆ la fois lointain et proche parce que ses ŽlŽments se trouvent dissŽminŽs dans notre quotidien. Le travail de Philippe sĠest justement concentrŽ sur cette captation de ce monde, ˆ travers  la sensibilitŽ dĠun enregistrement mais encore le travail sensible sur la pellicule. Le monde quĠil donne ˆ voir est un monde originel, o les forces en prŽsence nĠont de cesse de continuer ˆ crŽer le monde. Ce nĠest pas le monde ˆ lĠorigine du monde, mais plut™t le monde se crŽant ˆ chaque instant et poursuivant ainsi la construction de ses prŽtendues origines.

Le monde continue ˆ se b‰tir, petit ˆ petit, ˆ travers les forces qui circulent en lui : cĠest le vŽritable work in progress, le monde travaillant ˆ se faire. LĠŽtat des choses est un perpŽtuel changement.  Il suffit, pour sĠen rendre compte, dĠobserver les diverses couches de sŽdiments qui sĠaccumulent peu ˆ peu pour donner le relief spŽcifique dĠun paysage et o lĠon se pla”t ensuite ˆ y reconna”tre un visage familier. Le microcosme rencontre le macrocosme et la terre est anthropomorphisŽe comme le corps humain se gŽomorphise. Les allers et retours de lĠun ˆ lĠautre sont innombrables crŽant une relation quotidienne unique et irremplaable : un principe de vie. LĠespace est fin entre ces mondes et lĠaborder, cĠest ce que Philippe a fait en le nommant Ç LĠEntre deux È. CĠest une frontire tellement fine quĠelle est inexistante : cet espace o le soi se sŽpare de lĠautre et dont la confrontation gŽnre des Žmotions.

Le corps se reconna”t ˆ travers sa silhouette et celle-ci nĠest rien dĠautre que la frontire entre le soi et le non-soi. Autrement dit, on reconna”t son corps lorsquĠil touche ce qui nĠest pas lui et ainsi de suite pour chaque objet. LĠentre deux est partout et participe de lĠidentitŽ de chaque objet du monde visible. Le cinŽma de Philippe ou la prise de conscience maximale : parcourant ces univers de lĠentre deux, de lĠen dedans, le voyage se fait avec la pleine conscience du matŽriau pour en tŽmoigner. Autrement dit, pour parler des sŽdiments successifs donnant naissance ˆ  la vie tout en la rendant possible ˆ chaque instant, Philippe travaille ˆ mme la pellicule, rencontrant les couches sŽdimentaires ˆ lĠorigine des diffŽrents tons de lumires, adn de lĠimage cinŽmatographique.

Parce que pour parler de lĠen dedans du dehors, le cinŽaste sĠest mis ˆ utiliser une camŽra et donc ˆ mettre en place une distance supplŽmentaire entre lui, ses sens et lĠobjet motivant ses sens, la camŽra est devenue prolongement corporel, pendant que le support pelliculaire sĠest davantage rapprocher de la matire gŽomorphique. Et le processus mis en place par cette trajectoire implique donc divers mouvements vers des univers insolites, ˆ la limite de la comprŽhension immŽdiate mais toujours dans le cadre du visible.

 

CŽdric Lepine, dŽcembre 2006