JĠai vu peu de films de Philippe Cote. JĠai vu peu de Philippe Cote. Je lĠai vu parfois. Comme jĠai vu ses films : ici et lˆ, sans parole. Je me rŽjouis de parler de son travail sans pouvoir (re)voir ses films. Il y a dans cette indisponibilitŽ pour lĠanalyse quelque chose de cohŽrent qui me rappelle en premier lieu la fragilitŽ de son Ïuvre. Car son Ïuvre trouve ici son origine : dans la fragilitŽ. FragilitŽ du support argentique dĠabord dont il nĠaura cessŽ dĠŽprouver la sensibilitŽ. FragilitŽ dĠun regard ensuite qui cherche moins ˆ constituer un monde quĠˆ se laisser affecter par lui. FragilitŽ du silence enfin qui force le discours ˆ assumer son autonomie et sa solitude. Il nĠy a ici, ˆ mon sens, aucune intention quĠil sĠagirait de commenter ou pire dĠexpliciter. Juste le mince corps dĠune pellicule affectŽe par un mouvement du regard et de la lumire, et donnant cette affection en partage. Cette minceur, elle ne permet peut-tre pas de parler de Ç cinŽma È. Elle nous tient aux films, ˆ leurs prŽsences, ˆ leur tre physique, matŽriel, ˆ lĠhistoire toujours singulire dĠun accident dont certains titres, Dissolutions, SŽdiments, indiquent la qualitŽ. Exposer un film ˆ la lumire cĠest toujours dĠabord cela : supporter un accident et Philippe Cote sĠen tient lˆ.

 

De ce que jĠai vu, je trace un parcours qui va de la fŽbrilitŽ ˆ la force, ou plus exactement ˆ la rŽsistance. Les premiers films Žtaient bouleversŽs au moindre souffle, Žmu du moindre attouchement. Inquiets. Cette inquiŽtude nĠa rien ˆ voir avec le souci de ceux qui font des hypothses. Elle tient ˆ lĠattention dĠun tre qui se sait pris dans le tissu du monde. JĠaimais cette inquiŽtude mieux que lĠimage qui en portait trace. RŽcemment, jĠai vu LĠAngle du monde. Une splendeur. Rien de sublime. La majestŽ de la lumire faisant ployer les prŽtentions de lĠillumination. Il mĠa semblŽ que Philippe Cote avait trouvŽ son point dĠappui. Il nĠen va pas lˆ dĠune maturitŽ ni dĠune sŽcuritŽ du geste. Il en va plus essentiellement dĠune lenteur comme on parle des pellicules lentes, capables - de par leur finesse - de supporter de hautes intensitŽs lumineuses. CĠest en ce sens que je parle de rŽsistance. LĠangle du monde, sans violence, nous tient lĠÏil ouvert. Ë la lumire, au temps. Il supporte la vive (Ž)preuve qui nous assure dĠtre au monde.

 

Ces films nous sont prŽsents. Je ne parle lˆ dĠaucune intimitŽ. Ils nous sont prŽsents car dans cette prŽsence ils sĠŽpuisent. Ils sont prŽsents comme ce qui persiste en marge de toute reprŽsentation. Cette prŽsence le silencieux nous lĠindique. Silencieux, cĠest le terme qui qualifie la matire sonore de ces films. Silencieux plut™t que muet. La dŽlicatesse de cet adjectif ordonne doucement lĠhumilitŽ du discours qui voudrait faire de son absence un sympt™me. Les films de Philippe Cote sont pour moi ainsi : lĠexistence et la projection de quelque chose dĠaussi sensible et dĠaussi silencieux quĠune ‰me. Une rencontre imprŽvue qui, un soir, mĠa permis de redŽcouvrir le ciel.

 

                                                                                   Sabine Ehrmann, DŽcembre 2006